mercredi 3 février 2016

Fanzine mon Amour !

"Lorsque je me rends sur des festivals BD, je ne connais pas le quart des auteurs professionnels qui sont en dédicace. Les auteurs que j'admire étant américains ou morts, j'aurais bien du mal à les rencontrer. En revanche, je m'éclate à rendre visite aux auteurs de fanzines."
Bon, je ne sais plus s'il m'a exactement dit ça, mais c'était, à peu de choses près, les mots de H.Nico, le soir où nous nous sommes rencontrés (c'était il y a quelques semaines dans un bar).

H.Nico est un fan de Philippe Gorgeot, de Bill Mitchell, de Naämlock, de Kastor, de Jekyll... il n'a jamais lu "Trolls de Troy" ou "Titeuf". Lui préfère Spermag, Loboto'Zine, Ganesha (quand il est bourré) et les BD trash de Zeddero. C'est comme ça...

Bref, tout ça pour dire que nous avons ce point commun, nous aimons beaucoup les fanzines !

Quelques exemples de fanzines, aux thèmes et aux formats variés !

Qu'est-ce qu'un fanzine ?

Un fanzine est une publication papier, éditée de manière indépendante, le plus souvent par des amateurs. Son meilleur réseau de distribution restant le système D ou le bouche à oreille, on le trouve souvent dans les cours de lycées, on le trouve parfois dans les conventions, on le trouve rarement dans les librairies (les libraires le cachant parfois dans le rayon du fond).

Il s'avère quelquefois être un tremplin pour des auteurs qui trouvent grâce auprès de quelques professionnels, qui ont souvent un regard bienveillant sur ce mode d'expression. Le fanzine offre l'avantage, à celles et ceux qui le produisent, de se familiariser avec le monde fantastique et ô combien instructif de la microédition ! Les auteurs se retrouvent ainsi amenés à exercer plusieurs métiers à la fois, remplissant les fonctions de maquettistes, assembleurs, distributeurs et fidèles lecteurs !
Beaucoup d'auteurs désormais célèbres ont débuté dans le fanzine (ne me demandez pas qui, j'ai dit qu'ils étaient célèbres, pas que je les connaissais).
Quelques publications se sont même professionnalisées (pour exemple, la célèbre revue Mad Movies était à l'origine un fanzine).

Mais dépasser le statut du fanzinat n'est pas forcément le souhait de tous...
Beaucoup de rebelles se considèrent comme des auteurs tellement hardcore, qu'ils ne rêvent même pas de se faire remarquer par les grandes maisons d'édition.
Il existe en effet des aventuriers qui s'éclatent à publier leurs travaux dans des fanzines, où leur liberté d'expression est plus grande que dans une revue officielle, il faut bien l'admettre !
Ces rebelles se sont fait une raison, ils œuvreront à jamais sur des travaux underground, mais ne connaîtront peut-être jamais la reconnaissance, préférant le plaisir coupable de faire marrer leurs copains avec leurs propres publications aux qualités très aléatoires, parfois bourrées de fautes d'ortograffe.
Pourquoi le fanzine ne peut pas connaître de consécration en l'état ? Parce qu'aux yeux d'une large partie du public, il n'est tout simplement pas considéré comme un vrai livre...


Qu'est-ce qu'un livre ?

Il apparaît qu'un livre est un "objet constitué de l'assemblage d'un nombre varié de feuilles".
Pour info, quand on trouve sur ces pages des ensembles de mots constituant des phrases, c'est qu'il s'agit le plus souvent de romans. Quand ces phrases sont accompagnées de photos ou d'illustrations, c'est qu'il s'agit de romans illustrés. Quand les phrases accompagnent l'image, c'est qu'il s'agit de photos commentées ou de la dernière aventure de T'choupi.
Oui je sais, on trouve également tout cela dans les pages d'un fanzine...

Seulement voilà, un fanzine ne porte pas le sceau sacré, le certificat d'authenticité lui permettant de se la péter parmi ses pairs... Même s'il est parfois marqué d'un N°ISSN, ISBN et autre code barres pour faire plus sérieux, le fanzine ne porte pas la marque d'un éditeur !
Au mieux, il est estampillé du logo d'une association d'auteurs, qu'elle soit officielle ou non.

Un exemple concret : Elonan Heroes (je suis sur que vous connaissez).
On y trouve une couverture, des pages illustrées, un N° ISSN et un logo. Cette publication a même eu droit à une édition avec couverture rigide (s'il-vous-plaît).
Mais Elonan Comics étant une association et non un éditeur, Elonan Heroes n'est pas un vrai livre, ah ah, on vous a bien eus ! Eh oui, votre revue préférée est bel est bien un fanzine !
Au mieux, certaines personnes l'assimileront à un prozine...

Ne vous fiez pas à leur sympathique apparence : ces publications sont bel et bien des fanzines, même si leurs maquettes n'ont rien à envier à celles des publications professionnelles !

Qu'est-ce qu'un prozine ?

Personnellement je n'aime pas ce terme, qui me fait penser à du Prozac...

Il arrive que certains professionnels se lancent dans la publication d'un fanzine. L'objet se voit donc affublé d'une signature célèbre et devient ainsi un prozine. Il arrive aussi que cette publication se démarque de ses copains fanzines, de par son look léché, sa reliure toute propre, son papier glacé et sa tête de vrai livre. Aucune différence majeure avec certains fanzines de haute volée... mais ce sont des prozines !
C'est comme ça, c'est la vie !


Qu'est-ce que la vie ?

Non là c'était juste pour vous faire marcher, passons à la suite...


Le fanzine BD (car c'est lui qui nous intéresse, désolé Irène)  :

Face à l'invasion de nouveaux titres BD, toujours plus nombreux... et de magazines de toutes sortes ayant pour thème le 9ème art, difficile pour les fanzineux de se faire une place au milieu de tout ça !
Quelquefois, le look de leurs bouquins n'aide pas non plus. Il arrive que leurs fanzines ressemblent à une sorte de prospectus en noir et blanc, dessiné avec les pieds par une bande de copains sans le sou (sauf un, qui possède une photocopieuse et une agrafeuse pour relier les pages d'une publication tirée à trente exemplaires).

Le statut de faux-livre collant à la peau de leurs publications, les auteurs-éditeurs-amateurs usent parfois de fines stratégies pour essayer de "berner" l'acheteur.
Les avancées technologiques aidant (certaines imprimantes domestiques n'ayant plus rien à envier à du matériel professionnel) et internet ouvrant la voie (rien de plus simple que de taper sur Gogol "imprimeur BD pas cher"), le fanzine subit depuis quelques années une mutation...

Eh oui, désormais, le fanzine se déguise en livre !

Prenons le cas "Angie Noya" (oui je sais, nos articles servent aussi à faire du placement produit, faut pas rêver)
Au départ, cette BD fut conçue pour réaliser le rêve fou de son auteur : être édité par les éditions Waïkiki !
Plus tard notre homme apprit que Waïkiki n'existait plus depuis belle lurette et qu'ils n'éditait pas des BD mais des tee shirts. Il a donc laissé tomber l'idée et a décidé de publier son ouvrage tout seul comme un grand.

Angie Noya : d'abord envisagé pour sortir d'une photocopieuse (comme en haut à gauche), l'album a connu plusieurs versions avant de sortir dans son format définitif (?) à couverture rigide.
Laissant rapidement tomber l'idée de la photocopieuse couleur (ne riez pas bande d'incultes, comme évoqué plus haut, les meilleurs fanzines sont imprimés de cette façon), notre ami se tourne vers des imprimeurs, des vrais, qui font des vrais livres mais qui acceptent quand même d'imprimer Angie Noya.
Angie sort donc d'abord dans un format "revue". Couverture souple et reliure agrafes (tirage de 100 exemplaires, autant dire que ceux qui l'ont acheté ont acquis un collector de ouf).
Puis, avec le temps, le succès aidant, Angie s'est embourgeoisée et s'est vue affublée d'une chouette couverture rigide pour sa réédition, deux ans plus tard.

Ainsi, même avec cet aspect pro, ce déguisement digne du meilleur de tous les cosplays, la BD Angie Noya reste un fanzine... un fanzine solo (le fanzine étant souvent une publication collective, pour un fanzine solo, on parle alors d'autoédition).
Ce bel album reste en effet diffusé dans les mêmes conditions qu'une BD réalisée à la photocopieuse et agrafée à la main !

Tout cela est vicieux n'est-ce pas ?

Fanzines, prozines, microédition... tous ces jolis termes sont là pour nous faire parler de la même chose ! La frontière restant floue entre ces différentes catégories...
Pour faire simple, on parle de fanzine lorsqu'il s'agit de petits tirages et que l'objet ne bénéficie pas d'un large réseau de distribution.

Car non, le terme "fanzine " n'est pas du tout péjoratif et le terme "vrai livre", employé par des gens si étranges (qu'on se demande s'ils sont de vrais gens) ne veut strictement rien dire !
D'autant plus que le fanzine bénéficie souvent de quelques coups de pouce de la part de passionnés qui se sont pris d'affection pour ce format où tout est permis !
On constate que régulièrement, des festivals sont organisés pour mettre en valeur le monde du fanzine et de la microédition (prouvant que les deux sont intimement liés).
Dans les conventions tout-public, il n'est pas rare de trouver des stands de fanzineux, juste en face (voire même à côté) des auteurs professionnels.
Il y a même des bibliothèques qui proposent à leurs lecteurs de venir à la découverte de ce monde enchanté !

Mais malgré toutes ces bonnes volontés, il faut se rendre à l'évidence : le fanzine ne touchera jamais pleinement le grand public. Ou alors il lui faudrait connaître les réseaux de la grande distribution, mais pour se faire, il perdrait son état de fanzine (et ça ce serait moche, très moche)

Les fanzines en fait, c'est un peu comme le jazz, c'est réservé à un public de fins connaisseurs !



ZB

6 commentaires:

  1. microédité, je viens de me rendre compte que c'était lanagramme de médiocrité .
    Tapez pas, j'ai pas fait exprès de le voir .
    Tes fanzines, il sont beaux . Et merci de m'avoir cité . Mon meilleur fanzine, c'était astrolabo 3.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. quelle différence entre la version l'enfant-lumière brochée et la suivante toujours brochée mais repeinte par Didier Normand ? (laquelle est à 100 exemplaires ?) et pourquoi refaire colorier la couv. et assez rapidement si j'ai bien compris puisque la version cartonnée date de 2 ans plus tard ?

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    1. La version non-peinte n'existe qu'en exemplaire unique (il s'agit d'un prototype).

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  5. J'ai beaucoup d'affection pour les fanzines. Après en terme technique, malgré les améliorations citées dans le texte, ça reste en-dessous de la grande majorité des productions professionnelles. Mais les progrès sont manifestes.

    Reste le plus gros problème dans le fanzinat : les faibles tirages et la visibilité.

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